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Analyse technique du projet Chaser.

Analyse technique du projet Chaser.

Analyse technique de l’expérience Chaser.

Quelques éléments techniques concernant les méthodes et procédures de travail utilisées par John Pilley dans l’étude avec Chaser.

Comment pourrait s’expliquer l’intelligence exceptionnelle de Chaser ?

Une génétique particulière : Les Border Collies ont des aptitudes particulières que ne possèdent pas forcement toutes les autres races de chiens modernes. Ils sont souvent décrits comme étant des chiens souffrant de « TOCs », au caractère « Mono maniaque ». Globalement quand ils ont une idée en tête ils ne démordent pas.

Voici une citation de Simon Gadbois pour décrire les Borders Collies dans “Domestic Dog Cognition and Behavior The Scientific Study of Canis familiaris” :

  • Les termes «hyperactifs», «obsessionnels», «compulsifs», etc., sont fréquemment utilisés pour décrire les individus de cette race.

Tous ceux qui ont côtoyé des Borders Collies, savent comment ils peuvent s’entêter pendant des heures à solliciter (voire harceler) une personne jusqu’à obtenir de leur part, qu’ils acceptent de leurs lancer la « Babale ».

Ce qui est souvent décrit comme étant une tare chez les Borders Collies, expliquerait certainement leurs capacités exceptionnelles d’apprentissage. Lorsqu’ils initient une partie de jeux, ils sont non seulement infatigables, mais surtout très persévérants, entêtés, opiniâtres…

C’est à croire qu’ils considèreraient cette activité (chasser la baballe) comme un « travail » pour laquelle ils auraient une conscience professionnelle hors normes. De vrais guerriers !!!

Il s’agit d’une aptitude comportementale que les éleveurs ont sélectionné depuis leurs origines pour qu’ils puissent accomplir les tâches complexes inhérentes au « travail » de conducteurs de troupeau, et le Pr Pilley, a su tirer profit de cette aptitude particulière en la détournant de son utilité initiale.

 

Un environnement exceptionnel : Chaser a évolué dans un environnement d’apprentissage perpétuel depuis sa plus tendre « enfance ». Son cerveau c’est développé ainsi, avec son compagnon de jeux, le Pr Pilley qui est non seulement un scientifique mais aussi un « homme de chiens ». Il a non seulement toujours eu des chiens, mais de plus il est passionné des principes de l’apprentissage (qu’on appelle aussi fréquemment « dressage ») qu’il a mis en œuvre avec Chaser depuis son plus jeune âge.

John Pilley a su « exploiter » une partie insoupçonnée jusqu’alors du potentiel du génie canin, grâce aux aptitudes particulières que les bergers ont sélectionnées depuis de nombreuses générations dans cette race.

Le Pr Pilley voue un grand respect pour les bergers (dresseurs de chiens de conduite de troupeaux), selon lui, les bergers mobilisent l’enseignement créatif en laissant une grande partie de prises de décisions aux apprenants (les chiens), sur ce sujet il s’exprime comme suit :

  • “Il est impératif que les sciences animales prennent en considération la sagesse et l’expérience de ceux qui passent leur vie aux cotés des Borders Collies.
  • Les chercheurs doivent tenir compte de la manière dont les grands dresseurs mobilisent le pouvoir de l’instinct pour développer les capacités cognitives de leurs chiens”.
  • Certains chercheurs considèrent les animaux comme de simples machines faites de chair et de sang. De cette perspective découle l’idée que nos amies les bêtes sont incapables d’empathie”.

Dans ces quelques citations, le scientifique nous rejoint, nous simples mortels, qui partageons nos lits, nos canapés et nos repas avec nos bêtes de compagnie. Dans son étude et son travail de toute une vie aux cotés des bêtes, il nous conforte dans une manière plus humanisée de concevoir la relation que nous partageons avec nos compagnons canins.

En termes d’apprentissage langagier.

Les principes d’apprentissage utilisés :

  • Dès son arrivée Chaser commençait à apprendre graduellement des exercices de discrimination et des apprentissages associatifs « Noms propres – Objets ».
  • Pour familiariser Chaser au langage, le Pr Pilley verbalisait tous les comportements simples que Chaser produisait de manière spontanée en vue de mettre le comportement sous contrôle du stimulus, par exemple :
    • Lorsque le chiot prenait un jouet, le Pr Pilley verbalisait l’action en disant « Prend le jouet ».
    • De la même manière, il accolait des commandements aux actions spontanées qui se produisaient pendant les jeux :
      • Si le chiot contournait la balle du côté gauche, le Pr Pilley disait « Gauche » pareil pour la droite, le stop, le couché, le rampe, le regarde derrière, secoue, bois, aboie, assis, pas bouger, aux pieds, c’est fini, etc…
    • Pour les comportements spontanés qui se produisaient moins fréquemment comme le « cherche », le Pr Pilley créait des situations stimulantes en s’appuyant sur les principes de l’apprentissage sans erreur et l’enseignement créatif.
    • Pour des comportements plus complexes il utilisait le façonnement en approximations successives et en chainage arrière, mais il vouait une préférence à l’enseignement créatif.
    • Pour les apprentissages conceptuels des noms communs (catégories d’objets) le Pr Pilley a utilisé un principe d’associations « Noms communs-Catégories d’objets » en renforcements positifs et apprentissage sans erreur ;
      • Pour finaliser la conceptualisation des catégories d’objets, Pilley utilisa un marqueur inhibiteur, le « Non » et les « Interdictions » deux notions acquises très tôt en éducation (avant l’âge de 3 mois).

Renforçateurs et programmes de renforcement utilisés :

  • Pour l’apprentissage langagier, Pilley utilisait principalement les renforcements positifs avec des renforçateurs fonctionnels en principe de Prémack.
    • Pour Chaser les renforcements fonctionnels tels que ; le tugging (tirailler), le shaking (secouer), le rapport (en mode ludique).
    • Courir après la balle ou le frisbee étaient des renforçateurs plus puissants que les renforçateurs alimentaires (caractéristique typique des Borders Collies).
    • Pour le pistage et le rappel il utilisa des renforçateurs alimentaires.
  • Concernant les programmes de renforcement, Pilley utilisait les programmes « variables-différentiels » et « progressifs ».

Les contrôles de qualité :

  • Pour s’assurer que Chaser avait bien retenu le nom d’un objet, Pilley mit en place deux tests :
    • Le 1/8 : Chaser devait reconnaître le nouvel objet parmi 7 autres jouets.
    • Le 8/8 : Chaser devait réitérer la performance du 1/8 sans se tromper 8 fois au cours d’une même journée.
  • En cas d’erreurs : Il reprenait l’exercice en apprentissage sans erreur.
  • Le taux de réussite était de 90%.
  • Pour la mémorisation à long terme, Pilley utilisait un lot de 20 jouets choisis au hasard, Chaser en reconnaissait au moins 18 sur 20.

Chronologie des apprentissages :

  • Dès son arrivée à l’âge de 8 semaines, Chaser était initiée à l’agility, le travail au troupeau et le pistage.
  • Pour retenir les noms de plus de 1000 objets différents, il a fallu à Chaser :
    • 4 à 5 Heures de formation quotidienne.
    • 3 années d’apprentissages.
  • A partir de 5 mois elle commençait plus sérieusement l’apprentissage des mots.
  • A 10 mois Chaser avait déjà mémorisé 300 noms d’objets différents.
  • Chaser était capable de mémoriser jusqu’à 10 nouveaux mots par jour, mais cela demandait des répétitions prolongées.
    • Par contre à 2 mots par jour il suffisait de quelques jours de répétitions.

En conclusion pour les apprentissages langagiers et l’entrainement cognitif :

  • Le Pr Pilley privilégia globalement les techniques en renforcements positifs avec des programmes ouverts faisant appel aux motivations naturelles et l’esprit d’initiative de Chaser.
  • Pour les apprentissages cognitifs de haut niveau, tels que les apprentissages conceptuels, le Pr Pilley a eu recours aux principes de renforcements positifs et négatifs, et utilisa aussi des marqueurs inhibiteurs notamment le « Non ».

Vidéo de l’expérience N° 3.

Cette expérience a démontré la capacité de Chaser à apprendre trois noms communs – des mots qui représentent des catégories d’objets (Jouets, Balles, Frisbees).

Jouets VS Non-Jouets

Dans cette séquence le Pr Pilley fait une démonstration de la conceptualisation du nom commun « Jouet ».Chaser reconnaît les objets faisant partie de la catégorie « jouets » parmi d’autres objets étant des « non-jouets ».

Conceptualisation du mot « jouet » avec l’utilisation du « Non ».

Pour l’aider à conceptualiser le mot « Jouet », lorsque Chaser se trompait et choisissait un non-jouet, Pilley disait doucement : «Non, ce n’est pas un jouet (Non-Toy)». La procédure consistant à corriger immédiatement les erreurs en utilisant un « Non » sur un ton doux était efficace avec Chaser.

En termes d’éducation.

  • L’éducation à l’obéissance nécessaire au quotidien a débuté dès l’arrivée de Chaser à l’âge de 8 semaines, parallèlement à l’apprentissage langagier.
  • Pour les comportements complexes en éducation, le Pr Pilley utilisa les techniques de chaînage arrière et privilégiait l’apprentissage sans erreur et les renforcements positifs.
  • Pour la suite en laisse :
  • En situations simples il utilisa la technique « feu vert – feu rouge » et principe de Premak.
  • En situations plus stimulantes (courser les écureuils), il utilisa des renforcements négatifs avec un inhibiteur positif (tractions de laisse) accompagnés d’un marqueur inhibiteur, le « Non » et un renforcement positif (compliments lorsqu’elle revenait).
  • Pour le rappel aux pieds et autres exercices d’obéissance au quotidien, il utilisa des renforçateurs alimentaires.
  • La technique donna de bons résultats en situations simples, mais en situations stimulantes (courser les écureuils) elle s’avéra infructueuse.
  • A 3 mois le Pr Pilley intégra un marqueur inhibiteur, le « Non » et des « Interdits ».
  • Selon le Pr Pilley en termes d’éducation, parfois certaines mauvaises habitudes sont si tenaces qu’il est nécessaire d’avoir recours aux deux types de renforcements (positifs et négatifs) pour les modifier.
  • Pour inhiber l’instinct de prédation en situations complexes (courser les voitures) :
    • Le Pr Pilley utilisa d’abord les renforcements positifs sans résultats.
    • Puis les renforcements négatifs pour aboutir à l’extinction du comportement.
    • Ensuite il utilisa les principes de contre-conditionnements en renforcements positifs pour réorienter le comportement.

Conclusion globale de l’expérience Chaser :

Concernant les apprentissages les plus complexes, les deux types de travail en renforcements positifs et en renforcements négatifs ont été nécessaires.

Par exemple :

  1. Pour Inhiber et réorienter des comportements potentiellement dangereux solidement ancrés.
  2. Pour obtenir une obéissance fiable dans certaines situations complexes ou dangereuses.
  3. Pour aborder des notions cognitives de haut niveau comme les apprentissages conceptuels (catégories d’objets).

Selon le Pr Pilley :

  • Le renforcement négatif aide à poser des limites saines …
  • L’enseignement en situation ouverte* par le biais de jeux ou toute autre activité spontanée ou auto-renforçante, mobilise et entretient la motivation de l’apprenant tout en développant son esprit d’initiative et créatif.

Le travail réalisé par le Pr Pilley avec Chaser, s’apparente plus aux principes d’éducation utilisés avec nos enfants qu’aux principes de conditionnement habituellement mis en avant avec nos chiens. Dans cette expérience le terme « éducation » prend tout son sens avec tout ce que cela implique.

*Situation ouverte : A contrario des situations fermées en façonnement par successions approximatives dans lesquelles la finalité du comportement est connue, dirigée voire rigide.

Manuel Castaneda.